Europe, Non classé

#9 de Ulcinj Ă  Ksamil (du 25/10 au 07/11/2019) – Albanie

Nous quittons Ulcinj de très bonne heure, après une nuit plutĂ´t bizarre chez notre hĂ´te d’une nuit. Il Ă©tait quand mĂŞme gentil « Dado » comme il se prĂ©nomme. HĂ©berger des touristes Ă  des prix supĂ©rieurs Ă  la moyenne, c’est son système D, son gagne pain. Et cela nous fait relativiser, on joue le jeu en quelque sorte.

Nous nous arrĂŞtons dans une « pekara », une boulangerie dans Ulcinj pour prendre un bon petit dĂ©jeuner avant de partir en direction de l’Albanie.

Nous rencontrons Ă  la frontière StĂ©phanie, une canadienne, amoureuse du voyage Ă  vĂ©lo, qui termine une mission en France en rejoignant Athènes Ă  vĂ©lo depuis la France. Nous parcourons une petite dizaine de kilomètres ensemble, c’est toujours un plaisir de rencontrer des vĂ©lo-voyageurs. Nous partageons les mĂŞmes contraintes, les mĂŞmes plaisirs.

Ne connaissant pas le pays, nous dĂ©cidons de nous arrĂŞter dans un camping non loin de la frontière, lĂ  oĂą nous avons repĂ©rĂ© 2 rĂ©parateurs de vĂ©los. Le tandem Pino commence Ă  nous montrer des faiblesses au niveau de la roue arrière, il faut remplacer quelques rayons. Il fait doux, le camping est pourvu d’une piscine, chouette !

Projecteur du camping illuminant la colline

Dès nos premiers kilomètres en Albanie, c’est le dĂ©paysement total. Les paysages sont redevenus plats par rapport au MontĂ©nĂ©gro mais surtout… Nous rencontrons une multitude d’animaux sur la route : ânes, vaches, chevaux, poules, chiens…

Justement en parlant des chiens, Rose et moi en avons une peur bleue. MĂŞme pas la peine de parler de gestion des Ă©motions, nous nous liquĂ©fions sur place, quelle que soit l’intention dudit canidĂ©. Et bien notre sĂ©jour dans ce pays nous aura permis de nous rĂ©concilier avec les chiens. Nous avons Ă©tĂ© surpris ou apeurĂ©s quelques fois, par des chiens sur la dĂ©fensive. Mais au final, la plupart cherchent principalement Ă  manger et Ă  entrer en contact, surtout avec les enfants. Les chiens errants sont vraiment calmes et passifs envers les vĂ©los.

Sur la plage de Vlora, une dizaine de chiens errants rencontrés

En Albanie, la pauvretĂ© se ressent partout. Elle n’est pas triste, bien au contraire. Les albanais sont d’une gĂ©nĂ©rositĂ© hors pair ; toujours prĂŞts Ă  rendre service ou Ă  offrir quelques fruits et lĂ©gumes de leur jardin. Nous n’avons pas comptĂ© le nombre de kilos de grenades et de mandarines offerts, mais il se compte sans conteste en dizaine !

Nous attirons la curiositĂ© de nombreux enfants qui nous arrĂŞtent « Hello, what is your name ? », nous parlent et nous posent des questions sur nos vĂ©los, notre Ă©quipement Ă©lectronique. Au dĂ©part, nous Ă©tions sur la rĂ©serve. Nous nous sommes vite rendus compte que ces enfants dĂ©couvraient souvent pour la première fois un tandem, une camĂ©ra, mĂŞme nos casques de vĂ©lo, inexistants dans ce pays.

PauvretĂ© certes, mais des Mercedes partout ! Les Mercedes en Albanie, c’est culturel, un signe fort et visuel de rĂ©ussite et d’aboutissement. Cette marque reprĂ©sente près de 70% du parc automobile albanais.

Le 27 octobre, après un bivouac sauvage dans un parc, nous prenons la route pour la capitale Tirana. Nous savons que nous nous y arrĂŞterons 3 nuits, pour nous rendre chez un autre rĂ©parateur de vĂ©lo. Les freins du tandem doivent maintenant ĂŞtre purgĂ©s. C’est l’occasion de s’arrĂŞter, se reposer et faire l’Ă©cole sur de longues sĂ©ances avec les enfants qui jouent toujours le jeu. Ils ne rĂ©alisent pas qu’en France c’est les vacances, chut 🙂 Nous avons Ă©tĂ© imprimer des nouveaux exercices ludiques, ils s’occuperont un bon moment sur ces activitĂ©s.

Tirana est une capitale moderne, très agrĂ©able Ă  vivre, plutĂ´t Ă©loignĂ©e du style de vie rural que l’on voit par ailleurs dans le pays, un vrai contraste (Ă  nos yeux).

Place Skanderbeg, une des grandes figures de la résistance albanaise contre les Ottomans.

Le 30 octobre, nous allons vers Durres rejoindre la cĂ´te. Nous faisons de belles Ă©tapes ici, 50 Ă  60 kilomètres, point de dĂ©nivelĂ© Ă  l’horizon. L’occasion pour Gustave de tester le vĂ©lo 20 pouces de sa grande sĹ“ur lorsqu’il est attachĂ© au tandem. Jeanne, quant Ă  elle, est ravie de passer devant le tandem.

Les petites routes, c’est aussi l’occasion de pĂ©daler n’importe comment…
…ou de manger des grenades sur le vĂ©lo !

ArrivĂ©s un peu avant Durres, nous nous arrĂŞtons dans une Ă©picerie familiale pour acheter quelques courses. Le gĂ©rant nous questionne et nous sympathisons très rapidement grâce Ă  sa nièce qui parle anglais. Il souhaite que nous restions dormir chez lui. Les enfants sont ultra excitĂ©s, trop mĂŞme… Ils crient, gesticulent, courent dans tous les sens. Nous ne le sentons pas et dĂ©clinons la proposition.

Nous roulons plusieurs kilomètres en cherchant un spot pour la nuit avec un sentiment de tristesse. Une personne nous a tendu la main et nous avons refusĂ©. Nous nous sentons mal. Nous avons tentĂ© d’expliquer que les enfants Ă©taient trop excitĂ©s pour rester et espĂ©rons qu’ils ont bien compris. Voyager avec des jeunes enfants c’est aussi, parfois, faire des compromis et s’adapter Ă  l’humeur de nos chĂ©rubins.

Nous sommes en pleine ville, nos espoirs de bivouac s’amenuisent. Il fait nuit. Depuis le changement d’heure, le soleil se couche Ă  16h30 et cela a considĂ©rablement rĂ©duit nos journĂ©es. Nous trouvons un appartement pas cher Ă  4 km, on allume nos lumières et c’est parti. Comme en voyage, une peine est vite chassĂ©e, nous rencontrons des hĂ´tes merveilleux. Un papa qui, malgrĂ© la barrière de la langue, restera avec nous de longues minutes pour parler de notre voyage, impressionnĂ© par notre dĂ©marche. Nous repartirons le lendemain les sacoches chargĂ©es de mandarines et de dĂ©licieuses grenades.

Le 31 octobre, nous prenons la direction de Fier. Nous avons paramĂ©trĂ© notre GPS pour Ă©viter les grands axes. Mais en Albanie, c’est vite des chemins… pleins de boue ou sans bouches d’égout. Nous devons ĂŞtre vigilants. Ce matin lĂ , 300 mètres d’un chemin le long d’un champs et c’est 3 heures de notre journĂ©e perdues ! Nos vĂ©los se sont embourbĂ©s et les roues de nos vĂ©los n’avancent plus. Jeanne dira « je comprends mieux Ă  quoi sert un garde boue ». Nous restons 1 heure Ă  essayer de trouver des bâtons pour libĂ©rer nos vĂ©los. Ils sont dans un Ă©tat… Un paysan passe par lĂ  et nous dit de venir chez lui, il a un point d’eau.

Avec sa femme, ils se feront un point d’honneur Ă  laver nos vĂ©los. MĂŞme pas le droit de toucher Ă  la brosse. Nous sommes limite gĂŞnĂ©s devant tant de gentillesse et de serviabilitĂ©. C’est spontanĂ© et sans intĂ©rĂŞt sous entendu.

Alexandre aura mĂŞme le droit un verre de Raki maison. Moi (AurĂ©lie) j’ai bien essayĂ© d’en obtenir un mais visiblement, c’est une histoire de bonhomme !

Les enfants nous parlent Ă  la sortie de l’Ă©cole, la petite fille porte un uniforme.

Nous reprenons la route à 14h, il ne reste que 2h de vélo avant la nuit. Nous décidons de nous arrêter dans un camping en bord de mer.

C’est Halloween, simplement, les enfants auront le droit Ă  une petite sucrerie.

Petite balade matinale sur le ponton
On squatte un coin de pêcheurs pour le petit-déjeuner

Le temps commence Ă  changer et la grisaille s’installe peu Ă  peu.

Nous nous arrĂŞtons dans la ville de Vlora pour 2 nuits. Ville balnĂ©aire « classique », qui nous fait du bien après des routes très rurales en Albanie. Nous nous baladons en bord de plage et nous rencontrons mĂŞme des bus Rouennais !

Petite coupe pour Gustave

Pour atteindre la Grèce en suivant la cĂ´te, il faut passer une chaĂ®ne de montagnes avec des cols Ă  900 mètres. Au dĂ©but, nous sommes motivĂ©s pour tenter l’affaire. Puis après un moment de reflexion, nous ne savons pas si nous allons rĂ©ussir. Face Ă  nos doutes, nous dĂ©cidons de prendre le bus. Pas une mince affaire avec nos 4 vĂ©los mais en Albanie, il y a toujours une solution !

Nous nous levons Ă  5h pour attraper le bus de 6h45. Le chauffeur voit notre convoi et nous dit qu’il faut dĂ©monter nos vĂ©los et qu’il n’a pas le temps d’attendre. Petit coup de pression. On remonte Ă  la gare routière, le prochain et dernier bus part Ă  8h30. Le bus dispose d’un coffre, certes volumineux, mais bien trop petit pour nos 4 vĂ©los. Je commence Ă  me dire qu’il va falloir pĂ©daler dur quand le conducteur nous rĂ©pète « no problem, no problem ». Mouais no problem, je ne sais pas comment il va caser nos 4 vĂ©los et 15 sacoches ! Bien il va y arriver ! Il nous propose un prix pas du tout local… C’est le jeu ma pov’ Lucette… Nous sommes touristes, assimilĂ©s Ă  une certaine richesse. Nous relativisons, il nous aidera Ă  charger et dĂ©charger, sans nous mettre la pression et il gonfle un peu (beaucoup ?) les prix. Nous ne nous attachons pas Ă  cette partie Ă©conomique, ce serait peine perdue. Si cela peut lui mettre du beurre dans les Ă©pinards…

Nous restons Ă  Saranda une nuit et repartons le 7 novembre en direction de Igoumenitsa en Grèce. Mais le beau temps n’est plus du tout avec nous ! La pluie, ça peut encore aller. Mais nous essuyons orages sur orages et devons nous abriter.

Nous avons hĂ©sitĂ© Ă  aller sur l’Ă®le de Corfou mais la mĂ©tĂ©o a dĂ©cidĂ© pour nous

ArrivĂ©s Ă  Kamsil après 15 kilomètres, nous rencontrons 2 couples de cyclos qui dĂ©cident de s’arrĂŞter pour la nuit. Nous espĂ©rons une Ă©claircie. Nous l’attendons. A 15 heures, nous nous rendons Ă  l’Ă©vidence, l’orage est bel et bien lĂ . Nous dĂ©cidons de prendre un appartement pour la nuit et invitons un couple de cyclos marseillais, Mathilde et Quentin, Ă  venir boire l’apĂ©ro. Que ça fait du bien de recevoir et parler français une soirĂ©e ! Chouette dernière soirĂ©e en Albanie en leur compagnie. Nous les rencontrerons mĂŞme sur notre route en Grèce, Ă  lire dans les prochains Ă©pisodes !

Notre aventure en Albanie a Ă©tĂ© signe d’Ă©tonnement et de dĂ©paysement. Nous ne nous attendions pas Ă  un pays authentique, beaucoup moins dĂ©veloppĂ© que ses pays voisins. Nous ne pouvons pas rester indiffĂ©rent Ă  ce genre de pays, on aime ou pas. Tout n’est pas « beau » comme sur des cartes postales, nous ne nous sommes pas attardĂ©s sur les zones de dĂ©charge sauvages par exemple. Mais ça en fait partie.

Nous retiendrons la gentillesse des albanais et leur facilité à entrer en contact avec les gens. Une vie où il y a une solution à tout, même avec de modestes moyens !